S E I Z I E M E_ S E A N C E

 

Des hommes sans loi, de John Hillcoat
Ça n’est pas un film « caponesque » de plus. Se déroulant hors de la grisaille des villes, il nous offre des vues admirables de la campagne. Le réalisateur, celui  de La Route, aurait pu le titrer ″C’est leur tournée″.
Le sujet en lui-même est d’une extrême simplicité :
Les années 30, dans les Appalaches, massif de l’est de l’Amérique du Nord. La prohibition incite les bouilleurs de crus à se surpasser. Trois frères, péquenots de Virginie, distillent un tord-boyaux dans l’insouciance générale. Ce sont les frères Bondurant. Le scénario est tiré de leur histoire, rapportée par l’un d’eux dans un livre autobiographique, Pour quelques gouttes d’alcool. Trio atypique. L’aîné de la fratrie se dit immortel, on veut bien le croire, surtout qu’il sera encore debout après égorgement et flingage à répétition…
Ça truande tranquille, jusqu’à ce que les mafieux régnant sur le trafic du comté ambitionnent d’étendre leurs affaires jusque dans les montagnes. Amitiés locales et shérif bienveillant facilitent la contrebande.        
Ce film traditionnel est superbe à regarder, mais il est  sans concession. La violence est d’autant plus paroxysmique, qu’elle a lieu dans des paysages grandioses propices à la sérénité. La musique percutante, toujours efficace de Nick Cave, Australien comme le réalisateur et adaptateur du roman, atteint des sommets.
On peut qualifier Des hommes de loi de western polardesque, ou inversement.
La voix off du cadet de la famille, interprété par Shia LaBeouf, est remarquable. Dommage que l’acteur, excellent, n’a cessé de me faire songer à Olivier Besancenot (!) perturbant, sans arrières pensées, ma vision cinématographique.
Des gangsters locaux, des flics corrompus…
L’intervention d’un ″ homme de loi ″, agent du FBI mandaté pour rétablir l’ordre, Guy Pearce tiré à quatre épingles et sadique au possible, fera basculer le film dans une terrible violence, d’autant plus horrible dans son esthétisme.
Tous les acteurs sont habités, même les (rares) paisibles.
Un film classique, rétro, regorgeant de fureurs et de tendresse.
Pleins et déliés.
Mémorable.

Roland Sadaune

Entracte…

 

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