R O M A N S
15/05/2008

Le Magicien
Jean-Marc Souvira

Fleuve Noir
402 p / 20€

Le Magicien
Arnaud Lécuyer vient d'être libéré, après onze années passées dans le centre pénitencier de Moulins-Yseure. Il s'est rendu coupable d'un viol commis sur une personne âgée. En prison, il a eu un comportement exemplaire, et personne ne s'est jamais douté qu'il était l'auteur des meurtres de trois détenus qui partageaient sa cellule et dont il s'était vengé. Ayant retrouvé la liberté, il se conforme exactement à ce qu'on exige de lui, sous peine d'une révocation de sa liberté conditionnelle. Même s'il donne satisfaction à son employeur et se rend régulièrement chez le psy chargé de le suivre, ses vieux démons réapparaissent et s'emparent de son esprit. Il est prêt à semer à nouveau la terreur dans Paris en tuant des jeunes enfants qu'il attire par ses talents de magicien. D'ailleurs, c'est le surnom que lui avaient donné les policiers qui n'avaient jamais réussi à le coincer à l'époque. Dès la première agression dont il se rend coupable depuis sa libération, la police s'aperçoit que le mode opératoire est le même et celle-ci doit se rendre à l'évidence, « le magicien » est de retour et il n'a pas fini de faire des victimes.
C'est le commissaire Ludovic Mistral, de retour des Etats-Unis, qui est chargé de l'affaire. Pendant son séjour, il a pu rencontrer des profilers du FBI et espère mettre à profit ce qu'il a appris sur le comportement des criminels et utiliser des techniques psychologiques différentes. Il va même demander à rencontrer le policier qui était chargé de l'enquête il y a treize ans de cela et qui, maintenant, est à la retraite. Il s'agit de Jean-Yves Perrec qui n'a jamais pu digérer son échec.
C'est alors qu'un meurtre d'enfant a lieu et qu'il porte vraisemblablement la signature du « magicien ».

Un récit double et passionnant qui permet au lecteur de pénétrer dans le cerveau du tueur d'une part et qui, parallèlement, le fait participer au déroulement de l'enquête. Un travail de fourmi qui exige persévérance et réflexion afin de venir à bout d'un être qui prend un malin plaisir à tromper son monde et se croit invincible. Un livre d'une grande authenticité qui nous dévoile le quotidien du fameux « 36 Quai des Orfèvres ».

Dany Neuman


Le chien de Dieu
Patrick Bard

Editions du Seuil
468 p / 21,50€

Le chien de Dieu
Nous sommes en 1764 dans le Vivarais. Jeanne Boulet tarde à rentrer ses vaches à l'étable. Louise, sa mère, est inquiète, elle a entendu les chiens s'enfuirent et les bufs ont meuglé. Mais rien n'y a fait, Jeanne a été dévorée par ce qu'on appellera plus tard « la bête du Gévaudan ». Celle-ci dévorera plus de cent personnes entre 1764 et 1767. S'agit-il d'un loup ? C'est ce que pense Buffon, mais il est à la cour de Louis XV, donc loin de l'endroit où sévit l'animal. Tout le monde n'est pas de cet avis, certains pensent que c'est une bête féroce envoyé par Dieu pour punir ceux qui ont fauté. Cela arrange bien le clergé qui y trouve un moyen pour remplir les églises. Les pauvres gens eux, payent le prix fort car ils sont attaqués sans relâche et, bien sûr, les récoltes s'en ressentent. Par contre les impôts eux, sont les mêmes. Aussi bien ceux dus à la couronne de France que ceux dus aux évêchés.
Un abbé, Antonin Fages, lui, pense que le mode opératoire correspond au genre humain. Si tant est que celui-ci puisse être humain.

Patrick Bard signe ici un ouvrage qui pourrait être un livre d'histoire à la poursuite de cette « bête du Gévaudan ». Le lecteur va traverser le dernier quart du XVIIIe siècle et une décennie du XIXe en compagnie de cet abbé Fages qui n'arrêtera pas d'affirmer que ces crimes sont commis par un homme. A-t-il tort ou raison ? Pour le savoir, il faut lire ce livre débordant d'énigmes et au suspense haletant. Bonne lecture et bons cauchemars !

Patrice Farnier


La proie des ombres
John Connolly

Presse de la cité
442 p / 20,50€

La proie de l'ombre
Rebecca élève seule sa fille Jenna. Le père de celle-ci les a abandonnées et est décédé de façon tragique. Quant à l'homme qui est devenu son mari, elle s'en est séparée depuis longtemps. Elle fait appel à un détective privé, Charlie Parker, car depuis peu, un inconnu la harcèle. Il lui exige des renseignements sur son père Daniel Clay qui était psychiatre. Ce dernier, disparu depuis cinq ans, était soupçonné d'être au courant des violences sexuelles que l'on faisait subir aux enfants qu'il soignait, peut-être même était-il complice. Le détective va tout d'abord essayer de découvrir l'identité de l'homme qui s'en prend à sa cliente. Il s'agit d'un dénommé Frank Merrick, un tueur à gages qui vient de sortir de prison et qui a décidé de venger la mort de sa fille, une des victimes. Ses recherches vont l'amener à interroger l'ex-mari de Rebecca, Jerry Legere et également les anciens amis et connaissances du psychiatre. Voyant que Merrick ne veut pas comprendre que sa cliente ne peut lui dire ce qu'il est advenu de son père et qu'il continue de l'importuner, Parker va le faire arrêter par la police pour harcèlement. Libéré avec toutefois une injonction de ne plus s'approcher de la jeune femme, Merrick n'abandonne pas pour autant. Chacun des deux hommes va continuer sa traque avec obstination.
Le détective va découvrir que les tableaux peints par Daniel Clay et qu'il avait offert à ses amis, révèlent la fascination qu'il avait pour Galaad où vivait une communauté restée tristement célèbre. Le témoignage d'une des rares victimes encore vivantes mais ayant sombrée dans la folie, va fournir des indices à Parker. La vérité sera bien plus cruelle et douloureuse qu'il n'aurait pu l'imaginer. Le moment sera également venu pour lui d'abandonner les fantômes qui le hantent pour retrouver la paix de l'esprit.

Un roman bouleversant et très sombre. L'auteur mêle avec talent, réalisme et surnaturel, ce qui confère à son récit une certaine originalité.

Dany Neuman


Et je brûlerai ton cur de pierre
Pauline Delpech

Editions de Michel Lafon
280 p / 19,50€

Et je brûlerai ton cur de pierre
Comme dans son précédent roman, Pauline Delpech nous ramène dans les années 1930. Le Front populaire se dresse contre les royalistes « Les voyous du roi », antisémites et arrogants et va permettre aux plus pauvres, qui ne connaissaient que misère, de relever la tête. Leurs enfants, qui ne jouaient et ne souriaient pas, oseront se rebeller face à la corruption des dirigeants et à l'injustice dont ils avaient été victimes depuis des décennies.
Le commissaire Barnabé lui, enquête sur les hold-up commis au Crédit Général. Les voleurs, une femme et un homme, (les Bonnie Parker et Clyde Barrow de la région parisienne) vident les coffres et s'évaporent dans la nature.
Dans ce livre, l'auteur nous fait entrer dans la vie privée du policier, ancien poilu, et dans celle de sa charmante épouse Alice. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a du crime exactement comme j'aime. Il y a des têtes qui s'envolent à grands coups de sabres, des globes oculaires percés à coups de poignards, des carotides tranchées à coups de rasoirs, j'en passe et des meilleurs. Enfin, on y emploie presque toutes les armes de poing imaginables. Même le vieux Moser du flic sera de la partie.

Mademoiselle Delpech ne fait pas dans la dentelle, comme d'ailleurs dans son premier livre « Sous la neige noire ». C'est plein de crimes, de rebondissements et de suspense, et son commissaire Barnabé est un super enquêteur dont elle ne doit pas nous priver.

Patrice Farnier


De coton, d'ébène et de sang
Muriel Brino

Editions Lucien Souny
251 p / 16€

De coton, d'ébène et de sang
Nous sommes à la fin des années cinquante, début des années soixante, au sud des Etats-Unis dans le Missouri. Dans la petite ville de Sainte Geneviève, sévit le Free White, une association raciste, proche du Ku Klux Klan qui inflige des sanctions variables selon que l'on soit blanc, noir, juif, catholique, protestant ou homosexuel. Il faut bien le dire, cette cellule est un ramassis de givrés, de mous du bulbe ou de saturés du disque dur, au choix.
Dans cette petite localité, Mary, la femme du chef de cette bande de timbrés, tombe amoureuse de Sydney, le maréchal-ferrant. Le seul tort de ce dernier est d'être noir, et les blacks, dans le Missouri de ces années-là, ne sont pas particulièrement appréciés. Chez ces gens, on ne mélange pas le black et le white. Le Free White va lui faire payer le prix fort à ce noir qui a osé toucher une femme blanche. Il sera torturé, mutilé puis assassiné sans autre forme de procès.
Le shérif Dan Cryer et son assistante Alicia vont enquêter sur ce meurtre et sur bien d'autres, car les crimes vont se succéder à un rythme soutenu. Ils dénoueront les intrigues au terme d'une investigation pleine de rebondissements et de pistes scabreuses.
Muriel Brino nous écrit là un plaidoyer contre le racisme, cette forme de pensée issue de cerveaux torturés. De plus, l'auteur s'est inspiré de faits réels, ce qui rajoute au sentiment d'injustice que l'on ressent en lisant ce livre.

C'est un très bon bouquin qui devrait être lu par tous ces gens d'extrême droite qui font leur lit sur cette idéologie de races supérieures et inférieures.

Patrice Farnier

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